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23 août 2008 6 23 /08 /août /2008 14:35

Cette série d'articles a été écrite pour ceux qui en ont un peu assez des minoens, personnages sympathiques certes mais bien éloignés de nos crétois actuels. Or bien que ce soit l'histoire récente qui influence le plus la mentalité du peuple crétois, comme de tous les peuples, vous ne trouverez que peu (ou pas) d'ouvrages en français sur le sujet dans les bacs des libraires locaux.

Apostolos Katéchakis - mort en 1904 - portrait du musée ethnographique d'Héraklion

 

Les dernières années de la domination turque :

 

L’insurrection de 1878 :

 

La nouvelle guerre russo-turc qui éclate au printemps 1877 est une bonne occasion pour les Crétois de lancer une nouvelle insurrection. Celle-ci éclate pendant l’été 1878 alors que se tient le congrès de Berlin. Ce mouvement fut rapidement maîtrisé grâce à l’intervention du royaume britannique. Le congrès exige cependant l’application rigoureuse de la loi organique  Par un nouvel accord, connu sous le nom de pacte d’Haleppa, la Crète devient un état semi-indépendant de l’empire ottoman, avec à sa tête un gouverneur qui devait être chrétien. Ceux-ci comme Photiadés Pacha et Adossidés Pacha furent choisis parmi les phanariotes.

 

La Crète sous le pacte d’Haleppa :

 

Le pacte d’Haleppa autorise la création d’une gendarmerie et d’un parlement crétois. La langue grecque devient la langue officielle des tribunaux et de l’Assemblée.

Les désaccords entre Crétois refirent surface et l’Assemblée furent le théâtre d’affrontements entre libéraux et conservateurs.

Ces luttes internes conduisent au déclenchement d’une nouvelle révolte en 1889. Les puissances occidentales lassées des querelles entre factions crétoises, laissèrent le Sultan envoyer des troupes dans l’île.

 

Les années sombres – 1889-1895 :

 

Le Sultan Abdul-Hamid II (1876-1909), réactionnaire et despotique, en profita pour annuler le pacte d’Haleppa et instaurer la loi martiale. Cette décision provoqua un courant de sympathie international envers les chrétiens crétois afin que cesse l’occupation ottomane. Les années 1890/95  sont parmi les plus sombres de la « turcocratie » en Crète. En 1895, cependant, la Sublime Porte doit remplacer le « terrible » Mahmout, par un chrétien, A. Karathéodori, comme administrateur général de la Crète. Les fonctionnaires refusent de lui obéir et la garnison massacre des chrétiens.

Une nouvelle insurrection fut déclenchée et prit rapidement de l’ampleur. Elle vit l’entrée en scène d’Elefthérios Vénizelos, avocat à La Chanée, qui deviendra à plusieurs reprises Premier Ministre de la Grèce et qui est certainement l’homme politique le plus remarquable de la Grèce contemporaine.

 

Le « mandat international »

 

En 1896, l’insurrection contrôlait la majeure partie de l’île, les musulmans s’étant, comme d’habitude, réfugiés dans les villes fortifiées. Les chrétiens assiégeaient Vamos, défendue par une garnison de 1.600 Turcs. Craignant que le massacre de la garnison par les insurgés n’entraînent des représailles sur les chrétiens, grecs et étrangers, restés dans les grandes villes, les consuls des grandes puissances intervinrent auprès des chefs des insurgés pour qu’ils laissent sortir sains et saufs les Turcs de Vamos.

La Grèce appuyait la révolte en envoyant des hommes, des munitions et finalement des troupes régulières ainsi que des bâtiments de guerre. Les grandes puissances, c'est-à-dire : l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, La France, L’Italie, le Royaume-Uni et la Russie décidèrent alors d’envoyer une escadre. Les amiraux et commandants supérieurs de l’escadre firent des remontrances au chef des forces grecques et l’invitèrent « à cesser immédiatement tout acte hostile et à se conformer au droit international ». Malgré cette mise en garde, un navire turc transportant des troupes de Candie (Héraklion) à Sitia, dans l’est de l’île, fut attaqué par un cuirassé grec et fut contraint de regagner le port. Une sévère mise en garde fut adressée au gouvernement grec. Les grandes puissances notifièrent à la Sublime Porte, le 20 mars 1897, qu’elles avaient décrété le blocus de la Crète pour les navires sous pavillon grec, les navires battant d’autres pavillons pouvaient être visités par les bâtiments de la force internationale. Il était prévu que tout navire de guerre grec rencontré dans le bassin oriental de la Méditerranée serait traité en ennemi et que tout acte d’hostilité commis par un navire grec contre un vaisseau de l’escadre serait considéré comme une déclaration de guerre aux puissances.

L’empire ottoman et la Grèce étaient par ailleurs mis en garde contre le déclenchement d’un conflit de frontière entre les deux pays.

Parallèlement à ces actions diplomatiques, dès le 17 février 1897, 450 marins anglais, autrichiens, français, italiens et russes débarquaient à La Chanée. Les drapeaux des puissances furent hissés sur la forteresse à côté du drapeau turc. L’occupation internationale des points nécessaires au maintien de l’ordre était décidée. Il put ainsi être annoncé que la Crète avait été remise par le Sultan « en dépôt entre les mains de l’Europe », il appartenait aux grandes puissances de « conserver ce dépôt et d’assurer la marche des services publics jusqu’à ce que l’île puisse être remise à ses représentants légitimes »

Ainsi se mettait en place, pour la première fois dans l’histoire, l’administration internationale d’un territoire. Le 4 septembre 1897, les amiraux, commandant en chef, des forces internationales publièrent une  ordonnance pour la constitution d’une commission militaire internationale de police se fondant sur l’accord intervenu entre les puissances européennes et le Sultan.

Les principales villes de la côte furent occupées par des contingents appartenant aux puissances européennes[1]. Ces troupes eurent pour mission de rétablir l’ordre. Le Sultan tenta de protester contre l’établissement de la commission militaire internationale mais ses protestations furent rejetées. Les grandes puissances avisèrent le gouvernement impérial turc de leur décision d’établir en Crète un régime autonome et d’en régler elles-mêmes l’organisation. Il était prévu un retrait progressif des troupes turques. Cependant face aux difficultés rencontrées, notamment les évènements du 25 août 1898, à Candie (Héraklion), où la population musulmane se déchaina contre les chrétiens, tuant 17 soldats anglais et plusieurs centaines de civils crétois orthodoxes, les quatre puissances auxquelles incombaient le maintien de l’ordre (France, Italie, Royaume-Uni, Russie) exigèrent le retrait des troupes turques sous un mois. Elles s’engageaient en contrepartie à assurer la sauvegarde des populations musulmanes et à garantir les droits souverains du Sultan

 

L’autonomie

 

Ainsi a été établie l’autonomie crétoise sous suzeraineté ottomane. Un gouvernement national fut constitué sous l’autorité d’un haut commissaire, le Prince Georges de Crète, fils du roi Georges 1er de Grèce.

La population musulmane perdit énormément lors de ce changement. Il y eut en quelque sorte une purification ethnique dans l’est de l’île. La population musulmane passa de 25% à 12,5% du total (33.496 musulmans sur 270.047 habitants lors du recensement de 1900). Les derniers musulmans quittèrent l’île, dans le cadre des échanges de populations, après le traité de Lausanne en 1923

 

En décembre 1898, le Prince arrive à la Chanée, il n’y a plus un seul soldat turc en Crète. Il faudra cependant attendre 1913 pour que soit reconnue internationalement l’union avec la Grèce pour laquelle les Crétois chrétiens avaient combattu pendant près d’un siècle.

 

Bibliographie sommaire

 

Histoire de la Crète –(en grec) – Theochari Detoraki – Héraklion- 1990

Histoire de l’insurrection crétoise – Jules Ballot -  Ed. L. Dentu – Paris 1868

Crète infortunée – Chronique du soulèvement crétois – Pandélis Prévélakis – traduit par Pierre Coavoux – Les belles lettres – 1976

Articles de Wikipédia ;

Article « la Crète sous le joug ottoman » Clio.fr

Journal of the international law department of the University of Miskolc – Un premier exemple d’administration internationale d’un territoire – par Alexandre Charles Kiss.

et bien entendu le très considérable ouvrage de Joêlle Dalègre – Grecs et Ottomans de 1453 à 1923 – à l’Harmattan.

 

 

Photos : Richard LAMBERT



[1] Les troupes françaises occupaient Sitia, on trouve encore aujourd’hui, dans la vieille ville, un bâtiment ayant servi aux autorités militaires françaises

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Published by Richard - dans histoire
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