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23 août 2008 6 23 /08 /août /2008 16:12

En marche vers l'Union

Après quatre siècles de domination turque et à l’issue de dix années de luttes intenses, la Grèce a recouvré son indépendance. Pendant cette guerre, la répression turque s’est illustrée au travers de nombreuses atrocités dont les célèbres massacres de Chios qui contribuèrent à sensibiliser l’Europe à la situation du peuple hellène. Cependant la Grèce indépendante de 1832 ne représentait que le tiers de la superficie de la Grèce actuelle. Il faudra attendre un siècle, marqué par bien des tragédies, pour que le pays atteigne ses limites actuelles. Encore faut-il souligner que les frontières présentes sont loin de recouvrer les limites historiques de l’hellénisme, Smyrne, Constantinople, la région du Pont semblent définitivement perdues.

 Le présent article et les deux suivants ont pour objet de décrire succinctement les principales étapes qui conduisirent la Crète à l’union ( η ένωση) avec la Grèce, au cours du XIXème siècle. 
 
La Crète est l’un des territoires de l’actuelle Grèce qui aura connu l’occupation turque la moins longue, 1669-1898 ou 1913 selon que l’on retient comme date celle du départ du dernier soldat turc ou celle de l’énosis. Son cas est paradoxal et particulier à plus d’un titre, en effet il mêle des actes de résistance à l’oppression ottomane d’un héroïsme rare avec des faits de collaboration tout aussi notables. Ainsi dès 1647 des montagnards crétois font cause commune avec les Turcs. Dans le siècle qui suit la conquête près de 40% de la population est musulmane, il s’agit pour l’essentiel de convertis, les Turco-crétois. Beaucoup d’auteurs estiment que ces conversions sont le fruit de l’opportunisme (désir de ne pas être soumis aux impôts, aux exclusions et aux vexations auxquels sont exposés les chrétiens).


 
                                                        L'union ou la mort.

La Guerre d’indépendance de 1821, à laquelle les Crétois participent activement, ne débouche pas sur le rattachement escompté à la Grèce indépendante. L’île a énormément souffert pendant les huit années de combats (1821-1828). La population estimée à 213.000 personnes un peu avant les évènements tombe à environ 129.000 habitants d’après un recensement de 1832/1833. Les musulmans semblent avoir souffert de la guerre plus que les chrétiens, ils auraient ainsi perdu près de 60% de leur population, morte de faim et de maladies dans les villes fortifiées de la côte nord. Les chrétiens auraient vu leur nombre diminuer de 20%. Ces chiffres sont cohérents avec ceux d’une autre source
[1] qui donne 21.359 familles dont 16.133 familles chrétiennes et 5.402 familles musulmanes soit 25% du total contre environ 40% à la fin du XVIIIème siècle. 

L’économie de l’île a également beaucoup souffert. De nombreux villages ont été détruits, le chiffre de 600 est avancé, des oliviers ont été coupés, des vignes arrachées, des moulins brûlés….

η Αιγυπτιοκρατία) 1830-1840 :

Le protocole de Londres, 22 janvier 1830, a exclu la Crète du nouvel état grec, la laissant soumise au pouvoir théorique du Sultan Mahmud II. En fait, l’île est placée sous l’autorité du vice-roi d’Egypte Mehmet Ali. A la demande de son suzerain, le vice-roi avait envoyé des troupes formées «à la française» pour combattre les insurgés. Il nomma gouverneur, Mustapha Naïly Pacha, un égyptien d’origine albanaise. Energique et habile, Mustapha Pacha essaya de mener une politique de conciliation. Il tenta de créer une synthèse entre la classe des propriétaires terriens musulmans et celle, émergente, des commerçants chrétiens et de gagner la confiance de ces derniers. Il était marié à la fille d’un pope qu’il autorisa à conserver sa religion.

La domination égyptienne semble avoir été assez calme même si le désir d’indépendance demeurait vif. Il faut cependant signaler un mouvement de révolte à caractère économique en 1833 à Mourniès dans l’ouest de la Crète Il rassemble environ 7.000 chrétiens. Il s’agissait de protester contre l’oppression économique exercée par l’administration égyptienne. L’adjoint de Mustapha Naïly, Ousman Nour-el-Din Bey mata la révolte et fit pendre 41 des meneurs. Il faut aussi noter l’agitation d’émigrés crétois à Londres qui réclamèrent l’instauration d’un protectorat anglais fin 1838, appel réitéré en 1839, mais qui resta sans écho.

Ce sont en fait des évènements extérieurs qui mirent fin à la domination égyptienne. En effet la défaite de Mehmet Ali face aux Turcs en Syrie mit fin à son pouvoir sur l’Ile. L’accord de Londres, 3 juillet 1840, replaçait la Crète sous l’autorité effective du Sultan. Avant même la signature de l’accord de Londres des immigrés décidèrent de rentrer en Crète pour déclencher une nouvelle révolte qui s’étendit rapidement à toute l’île. A l’ouest, les chefs de cette insurrection étaient les frères Chairétis et à l’est, Vassilogéorgis. Les musulmans durent une nouvelle fois, se réfugier dans les villes fortifiées.. Le gouvernement de la Grèce s’avéra cependant trop faible pour pouvoir aider les insurgés. En avril la France, l’Angleterre et la Russie imposèrent une nouvelle fois leur volonté.

Le Sultan confirma Mustapha Pacha dans ses fonctions mais sous l’autorité de la Sublime Porte. Il restera en place jusqu’en 1851, date à laquelle il fut rappelé à Istanbul où il occupa plusieurs fois les fonctions de grand Vizir.

Son successeur Salik Vamik Pacha poursuivit sa politique prudente envers le peuple, par contre Vély Pacha, fils de Mustapha, qui prit la suite de Salik Vamik renoua avec la politique de dureté des temps anciens.

Plusieurs mesures administratives de faibles importances furent prises pendant cette période, notamment le transfert de la capitale, d’Héraklion (Mégalo Kastro) à La Chanée dans l’ouest de l’île.

Cette époque fut également marquée par la guerre de Crimée (1853-1856) et par le Hatt-i-Humayun par lequel le Sultan accordait, en théorie, l’égalité des droits à l’ensemble de ses sujets. Ces dispositions libérales seront difficilement appliquées en Crète comme dans de nombreuses régions éloignées de l’empire.

En 1858, un mouvement de protestations contre l’autoritarisme de Vély Pacha, connu sous le nom de mouvement de Mavroyeni du nom de son principal animateur, déboucha sur un firman répondant à certaines revendications des Crétois.

Les années suivantes ne furent marquées par aucune violence notable. Cependant une certaine effervescence pré-révolutionnaire doit être notée, l’âme en fut une institutrice du  nom d’Elizabeth Kondaksaki ou Basilakopoula qui s’illustra plus tard lors de la résistance héroïque du monastère d’Arkadi.

Sur le plan démographique la population de l’île double en trente ans, retrouvant son niveau des années précédant la première guerre d’indépendance.

Les données des années 1857-1858 montrent que les musulmans  représentent 26% de la population, mais seulement 19,4% des agriculteurs, ce qui confirme le caractère urbain de la population musulmane (41% des commerçants et artisans, 31% des professions intellectuelles et 46% des employés).

Le taux de scolarisation de la population est identique chez les chrétiens et chez les musulmans, y compris pour les filles qui apparaissent deux fois moins scolarisées que les garçons.

L’économie de l’île repose essentiellement sur l’agriculture. L’olivier est déjà la principale culture d’exportation de l’île. La production est estimée à 9 à 13 mille tonnes au milieu du siècle

L’élevage des ovins et des caprins est également bien développé, le cheptel des moutons et des chèvres (αιγοπρόβατα) est évalué à 600.000 têtes en 1837 et à 908.000 têtes en 1844.

L’industrie se limite à la transformation des matières premières agricoles. Essentiellement l’huile d’olive qui est transformée en savon. En 1881, on comptait 15 savonneries à Héraklion et 10 à La Chanée. Cette industrie était confrontée à la concurrence des savonneries du sud de la France plus proches des marchés importants l’Europe occidentale.

L’élevage donne naissance à une activité de mégisserie qui se développe après 1850.

L’administration turque se montre plus soucieuse de prélever des taxes sur la classe paysanne, que de développer les infrastructures, routes notamment, qui semblent faire cruellement défaut

Il est vraisemblable que la mauvaise situation économique alimentait en partie le mécontentement des paysans chrétiens.

Aiguiser ou non par la mauvaise gestion des turcs, le désir d'indépendance des Crétois, n'avait pas faibli. La grande insurrection se préparait...


voir article suivant

Bibliographie : Voir l'article - la fin de l'occupation turque.

[1] R. Pashley, voyageur anglais.

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Published by Richard - dans histoire
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