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15 juillet 2009 3 15 /07 /juillet /2009 15:57

LA REVOLTE DE DASKALOGHIANNIS

 

Sillonner à pied les montagnes sfakiotes, ne pouvait que me rappeler le souvenir de Daskaloghiannis (maître Jean) que j’ai brièvement évoqué dans la randonnée n°37. Comme il n’y a pas que la marche, vous aurez donc droit à un petit intermède historique qui vous permettra de briller en étalant votre vaste culture auprès des dames seules, au bar de votre hôtel.

Je vous promets de vous donner la suite des randonnées très prochainement. 

 

Les éléments rapportés ci-après, sont pour l’essentiel tirés du remarquable ouvrage de Théochari Detoraki, « histoire de la Crète » péniblement traduit par votre serviteur. (Il existe une traduction anglaise et une allemande dans les librairies de Crète)

 

Le visiteur moderne et pressé de la région de Sfakia aura certainement du mal à s’imaginer que cette contrée isolée de la Crète a joué un rôle important dans l’histoire de l’île. Celui qui s’attarde un peu plus et notamment s’il transpire sur les sentiers des montagnes et des gorges sera étonné par la densité et la qualité des chemins que j’appelle vénitiens et que d’autres appellent muletiers. Pourquoi une zone d’apparence aussi pauvre était-elle dotée d’un réseau de communication ayant nécessité tant d’efforts ?

 

 

Franchissement de la gorge d'Aradhéna par le chemin qui reliait Anopoli à Aradhéna.

Le pays de Sfakia au XVIIIème siècle.

 

Une situation particulière..........

 

La topographie du pays, coincé entre les Montagnes Blanches et la mer, accessible uniquement par des gorges étroites comme celles d’Imbros ou par la mer, ne se prêtait pas à une occupation permanente par les Turcs. Les Allemands en feront, eux-aussi, l’amère expérience à une époque plus récente.

 

Les Turcs n’étaient pas des bâtisseurs mais ils avaient une imagination et un réalisme certains en matière fiscale. Les Sfakiotes ayant accepté de payer volontairement de lourdes taxes aux Turcs ils obtinrent en échange le privilège de se gérer eux-mêmes sans présence permanente de l’occupant. Il faut souligner que cette situation n’était pas propre au pays de Sfakia, d’autres régions montagneuses et difficilement contrôlables du continent bénéficiaient des mêmes avantages. Elles sont désignées par le nom d’Agrafa (c’est à dire non écrites, en raison de l’absence de collecteurs d’impôts Turcs et donc de registres d’imposition).

 

 

Une économie prospère......

 

Avec le bois des montagnes, aujourd’hui largement disparu, les Sfakiotes construisaient de petits navires notamment à Loutro et voyageaient avec eux tout autour de la Méditerranée et jusqu’à la lointaine Russie. Cette flotte leur procurait suffisamment d’argent pour contribuer au développement de leur l'économie et pour donner une image de prospérité dans les régions montagneuses et arides du pays. La qualité du réseau de communication dont vous croiserez ou emprunterez les vestiges en randonnant dans le pays (voir notamment le chemin reliant Aradhéna à Anopoli –randonnée n°37) ne peuvent pas s’expliquer  autrement.

Chemin reliant Anopoli à Sfakia par la gorge d'Iligas 

La révolte de Maître Jean.

Maître Jean, un notable....



Ghiannis Vlachas, le célèbre Daskaloghiannis (Maître Jean) était une personnalité éminente du milieu du 18e siècle en Crète. C’était un riche armateur qui possédait quatre gros navires qui voyageaient dans tous les ports de la Méditerranée. Il avait acquis de vastes connaissances sur le monde et les problèmes de son époque. Il occupait incontestablement une place importante à Sfakia, ainsi dès 1750, il avait été nommé secrétaire de la province, il en deviendra président (Ketchondas) en 1765. Avec son frère, Nicolas « cheveux bouclés », il représentait la province  devant les autorités turques  pour l'impôt et d'autres questions importantes.

 

Buste de Daskaloghiannis sur la place d'Anopoli

Mais peut-être d’une plus grande importance pour la suite des événements sont les relations qu’il entretenait avec d'autres personnalités grecques et étrangères éminentes de l’époque. Il connaissait notamment Emmanuel Benakis de Mani, et peut-être par son intermédiaire Théodore Orlof que la Grande Catherine de Russie avait envoyé dans le Péloponnèse, en 1769, pour inciter les notables locaux à l’insurrection contre l’occupant ottoman.

 

Une insurrection qui s’inscrit dans la géostratégie de l’empire russe......

 

La révolution de 1770 est un évènement important de l’histoire de la Crète sous la domination ottomane. Elle s’inscrit dans le contexte plus large de la politique menée par la Grande Catherine de Russie qui cherche à étendre l’influence de la Russie vers la Mer Noire et la Méditerranée.

 

Le plan de Daskaloghiannis pour la libération de la Crète avec l'aide de la Russie apparait donc en harmonie le climat politique général de l’époque  

 

Les événements se développèrent rapidement après l’insurrection de Mani à laquelle prirent part de nombreux Sfakiotes. Pendant toute l’année 1769 et au printemps 1770,  Daskaloghiannis  prépare l’insurrection à Sfakia en rassemblant des armes et des fournitures et en fortifiant des points stratégiques. Il savait qu'il serait vain et irréaliste de tenter mobiliser toute la Crète. Il se limita donc à Sfakia. Cependant même dans sa région subsistaient encore des résistances à son action. Les plus grandes réserves semblent avoir été le fait de l’archiprêtre de Sfakia qui était pourtant un de ses oncles.

 

Des Turcs sur la défensive.....

 

Cela fait plus d’un siècle que l’expansionnisme turc est stoppé et que ceux-ci sont sur la défensive. Les Turcs de Crète ont toujours vécu dans la crainte d'une intervention armée étrangère. La mobilisation de la flotte russe était connue par des espions et des commerçants.

 

Le 7 Février 1770, les Aghas de Chania envoyèrent d'urgence un rapport au  sultan pour l’informer de la «terrible» nouvelle transmise par  l'Ambassadeur Mahmoud Miri de  retour des Pays-Bas. Une importante flotte remplie de mercenaires Danois et Anglais commandés par des Russes aurait franchi le détroit de Gibraltar.

 

C’est dans cette ambiance de crainte pour les Turcs que débuta l’insurrection sfakiote. Les conditions et la date exacte du démarrage du mouvement ne sont pas connues. Le plus probable est que les premières manifestations insurrectionnelles débutèrent à Pâques (4 avril 1770). Auparavant, les Sfakiotes avaient refusé de payer la taxe par capitation due aux Turcs et renvoyé le percepteur.

 

Un combat inégal......

 

L'ensemble des forces des Sfakiotes ne dépasse pas 2.000 hommes, mais ils ont beaucoup d'armes et de munitions. Ils attaquèrent en premier  les régions voisines de la province, Kydonia, Apokoronas et Aghios-Basilios et forcèrent les Turcs de ces régions à chercher refuge à Chania.

 

La réaction turque se manifesta immédiatement et fut terrible. En Mai 1770, 15.000 hommes se trouvaient à la lisière du pays sfakiote, dans la région d’Apokoronas. Devant l’évidence du risque de nombreux Sfakiotes prirent soin d'envoyer les femmes et les enfants dans le nord du Péloponèse et à Cythère. Une tentative de la Turquie de proposer un compromis et d’accorder des garanties aux insurgés n’aboutit pas. Les Turcs attaquèrent alors simultanément à partir de trois points. Après la première bataille importante à Krapi les rebelles furent contraints à battre en retraite et à se réfugier sur les sommets de leurs montagnes. Pendant tout l’été et l’automne 1770, les Sfakiotes défendirent avec courage et imagination leurs montagnes et leurs gorges. Ils affrontèrent efficacement un ennemi supérieur en nombre.  Mais, dans leurs villages furent détruits et brûlés, leurs troupeaux décimés, l'ensemble de la province connut des pillages sans précédent et de nombreux prisonniers furent vendus au marché aux esclaves de Chandie (Iraklio). L’archiprêtre, oncle de Daskaloghiannis était parmi les prisonniers. Il semble avoir fourni aux Turcs des informations sur les relations entre Daskaloghiannis et les Russes. Mais le plus douloureux pour le malheureux chef rebelle a été l'arrestation de sa femme et ses deux filles.

 

Plus dure sera la chute........

 

L'hiver fut difficile. Les espoirs de Daskaloghiannis de recevoir une aide des Russes ne se concrétisèrent pas et la déception devint générale. La soumission à l’occupant apparut comme la seule issue possible au conflit. Les rebelles, après avoir reçu l'assurance qu’ils seraient amnistiés par les Turcs acceptèrent toutes les conditions imposées par ceux-ci. Elles figurent dans un document du 18 Mars 1771.

 

Il m’a paru intéressant de vous livrer l’essentiel de ces conditions où se mêlent mesures coercitives et brimades pures et simples.



1) Payer la taxe par capitation (qu’ils avaient refusé de payer l'année précédente) ;
2) Rendre leurs armes et leurs équipements ;
3) Livrer les instigateurs et ceux qui agissent contre les règles aux autorités de Chandie pour qu’ils subissent la punition appropriée ;

 4) Ne plus communiquer et ne plus fournir de nourriture aux navires chrétiens relâchant dans leurs ports ;
5) Tenter d’appréhender les équipages des navires chrétiens pour les envoyer à Chandie ;
6) Le pouvoir judiciaire sera exercé par des officiers et des juges nommés par le divan de Chandie ;
7) Ne pas autoriser la réparation des églises ni la construction de nouvelles ;
8) Payer régulièrement l’impôt ;
9) Ne pas autoriser la construction de grands bâtiments (tour)  ou la présence de symboles chrétiens sur eux ;
10) Interdire les études religieuses et les carillons :
11) Rendre les prisonniers musulmans ;
12) Les Sfakiotes seront obligés de porter des vêtements similaires à l'habillement des musulmans.


La mort du héros.

 

Face à la tournure dramatique des évènements, Daskaloghiannis décida de se rendre, avec l'espoir qu'il pourrait alléger la situation de ses compatriotes.  On rapporte que le pacha de Chandie contraignit le frère de  Daskaloghiannis, Nicholas « le frisé », qui était déjà prisonnier à écrire une lettre à son frère pour l'assurer des bonnes intentions des Turcs. Daskaloghiannis se livra avec certains de ses partisans. Bien entendu le pacha de Chandie ne tint pas parole. Non seulement il fit mettre à mort son prisonnier, mais il le fit dans des conditions particulièrement atroces. En effet il le fit écorché vif le17 Juin 1771. Comble de sadisme, les Turcs forcèrent son frère Nicolas à assister à son  horrible souffrance. Selon la tradition, Nicolas n’aurait  pas résisté à cette épreuve, on le comprend, il aurait perdu la raison et serait mort fou. Les autres prisonniers Sfakiotes réussirent à s’échapper après trois ans de captivité et à revenir à Sfakia complètement brisés.

 

La révolte de Daskaloghiannis fut la première tentative de libération de la Crète sous domination ottomane. Elle fut, comme les suivantes et jusqu’à la victoire finale, réprimée avec une brutalité inouïe.

Chania, minaret de la mosquée rue Tsoudéro.

 

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Published by Richard LAMBERT - dans histoire
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23 août 2008 6 23 /08 /août /2008 16:12

En marche vers l'Union

Après quatre siècles de domination turque et à l’issue de dix années de luttes intenses, la Grèce a recouvré son indépendance. Pendant cette guerre, la répression turque s’est illustrée au travers de nombreuses atrocités dont les célèbres massacres de Chios qui contribuèrent à sensibiliser l’Europe à la situation du peuple hellène. Cependant la Grèce indépendante de 1832 ne représentait que le tiers de la superficie de la Grèce actuelle. Il faudra attendre un siècle, marqué par bien des tragédies, pour que le pays atteigne ses limites actuelles. Encore faut-il souligner que les frontières présentes sont loin de recouvrer les limites historiques de l’hellénisme, Smyrne, Constantinople, la région du Pont semblent définitivement perdues.

 Le présent article et les deux suivants ont pour objet de décrire succinctement les principales étapes qui conduisirent la Crète à l’union ( η ένωση) avec la Grèce, au cours du XIXème siècle. 
 
La Crète est l’un des territoires de l’actuelle Grèce qui aura connu l’occupation turque la moins longue, 1669-1898 ou 1913 selon que l’on retient comme date celle du départ du dernier soldat turc ou celle de l’énosis. Son cas est paradoxal et particulier à plus d’un titre, en effet il mêle des actes de résistance à l’oppression ottomane d’un héroïsme rare avec des faits de collaboration tout aussi notables. Ainsi dès 1647 des montagnards crétois font cause commune avec les Turcs. Dans le siècle qui suit la conquête près de 40% de la population est musulmane, il s’agit pour l’essentiel de convertis, les Turco-crétois. Beaucoup d’auteurs estiment que ces conversions sont le fruit de l’opportunisme (désir de ne pas être soumis aux impôts, aux exclusions et aux vexations auxquels sont exposés les chrétiens).


 
                                                        L'union ou la mort.

La Guerre d’indépendance de 1821, à laquelle les Crétois participent activement, ne débouche pas sur le rattachement escompté à la Grèce indépendante. L’île a énormément souffert pendant les huit années de combats (1821-1828). La population estimée à 213.000 personnes un peu avant les évènements tombe à environ 129.000 habitants d’après un recensement de 1832/1833. Les musulmans semblent avoir souffert de la guerre plus que les chrétiens, ils auraient ainsi perdu près de 60% de leur population, morte de faim et de maladies dans les villes fortifiées de la côte nord. Les chrétiens auraient vu leur nombre diminuer de 20%. Ces chiffres sont cohérents avec ceux d’une autre source
[1] qui donne 21.359 familles dont 16.133 familles chrétiennes et 5.402 familles musulmanes soit 25% du total contre environ 40% à la fin du XVIIIème siècle. 

L’économie de l’île a également beaucoup souffert. De nombreux villages ont été détruits, le chiffre de 600 est avancé, des oliviers ont été coupés, des vignes arrachées, des moulins brûlés….

η Αιγυπτιοκρατία) 1830-1840 :

Le protocole de Londres, 22 janvier 1830, a exclu la Crète du nouvel état grec, la laissant soumise au pouvoir théorique du Sultan Mahmud II. En fait, l’île est placée sous l’autorité du vice-roi d’Egypte Mehmet Ali. A la demande de son suzerain, le vice-roi avait envoyé des troupes formées «à la française» pour combattre les insurgés. Il nomma gouverneur, Mustapha Naïly Pacha, un égyptien d’origine albanaise. Energique et habile, Mustapha Pacha essaya de mener une politique de conciliation. Il tenta de créer une synthèse entre la classe des propriétaires terriens musulmans et celle, émergente, des commerçants chrétiens et de gagner la confiance de ces derniers. Il était marié à la fille d’un pope qu’il autorisa à conserver sa religion.

La domination égyptienne semble avoir été assez calme même si le désir d’indépendance demeurait vif. Il faut cependant signaler un mouvement de révolte à caractère économique en 1833 à Mourniès dans l’ouest de la Crète Il rassemble environ 7.000 chrétiens. Il s’agissait de protester contre l’oppression économique exercée par l’administration égyptienne. L’adjoint de Mustapha Naïly, Ousman Nour-el-Din Bey mata la révolte et fit pendre 41 des meneurs. Il faut aussi noter l’agitation d’émigrés crétois à Londres qui réclamèrent l’instauration d’un protectorat anglais fin 1838, appel réitéré en 1839, mais qui resta sans écho.

Ce sont en fait des évènements extérieurs qui mirent fin à la domination égyptienne. En effet la défaite de Mehmet Ali face aux Turcs en Syrie mit fin à son pouvoir sur l’Ile. L’accord de Londres, 3 juillet 1840, replaçait la Crète sous l’autorité effective du Sultan. Avant même la signature de l’accord de Londres des immigrés décidèrent de rentrer en Crète pour déclencher une nouvelle révolte qui s’étendit rapidement à toute l’île. A l’ouest, les chefs de cette insurrection étaient les frères Chairétis et à l’est, Vassilogéorgis. Les musulmans durent une nouvelle fois, se réfugier dans les villes fortifiées.. Le gouvernement de la Grèce s’avéra cependant trop faible pour pouvoir aider les insurgés. En avril la France, l’Angleterre et la Russie imposèrent une nouvelle fois leur volonté.

Le Sultan confirma Mustapha Pacha dans ses fonctions mais sous l’autorité de la Sublime Porte. Il restera en place jusqu’en 1851, date à laquelle il fut rappelé à Istanbul où il occupa plusieurs fois les fonctions de grand Vizir.

Son successeur Salik Vamik Pacha poursuivit sa politique prudente envers le peuple, par contre Vély Pacha, fils de Mustapha, qui prit la suite de Salik Vamik renoua avec la politique de dureté des temps anciens.

Plusieurs mesures administratives de faibles importances furent prises pendant cette période, notamment le transfert de la capitale, d’Héraklion (Mégalo Kastro) à La Chanée dans l’ouest de l’île.

Cette époque fut également marquée par la guerre de Crimée (1853-1856) et par le Hatt-i-Humayun par lequel le Sultan accordait, en théorie, l’égalité des droits à l’ensemble de ses sujets. Ces dispositions libérales seront difficilement appliquées en Crète comme dans de nombreuses régions éloignées de l’empire.

En 1858, un mouvement de protestations contre l’autoritarisme de Vély Pacha, connu sous le nom de mouvement de Mavroyeni du nom de son principal animateur, déboucha sur un firman répondant à certaines revendications des Crétois.

Les années suivantes ne furent marquées par aucune violence notable. Cependant une certaine effervescence pré-révolutionnaire doit être notée, l’âme en fut une institutrice du  nom d’Elizabeth Kondaksaki ou Basilakopoula qui s’illustra plus tard lors de la résistance héroïque du monastère d’Arkadi.

Sur le plan démographique la population de l’île double en trente ans, retrouvant son niveau des années précédant la première guerre d’indépendance.

Les données des années 1857-1858 montrent que les musulmans  représentent 26% de la population, mais seulement 19,4% des agriculteurs, ce qui confirme le caractère urbain de la population musulmane (41% des commerçants et artisans, 31% des professions intellectuelles et 46% des employés).

Le taux de scolarisation de la population est identique chez les chrétiens et chez les musulmans, y compris pour les filles qui apparaissent deux fois moins scolarisées que les garçons.

L’économie de l’île repose essentiellement sur l’agriculture. L’olivier est déjà la principale culture d’exportation de l’île. La production est estimée à 9 à 13 mille tonnes au milieu du siècle

L’élevage des ovins et des caprins est également bien développé, le cheptel des moutons et des chèvres (αιγοπρόβατα) est évalué à 600.000 têtes en 1837 et à 908.000 têtes en 1844.

L’industrie se limite à la transformation des matières premières agricoles. Essentiellement l’huile d’olive qui est transformée en savon. En 1881, on comptait 15 savonneries à Héraklion et 10 à La Chanée. Cette industrie était confrontée à la concurrence des savonneries du sud de la France plus proches des marchés importants l’Europe occidentale.

L’élevage donne naissance à une activité de mégisserie qui se développe après 1850.

L’administration turque se montre plus soucieuse de prélever des taxes sur la classe paysanne, que de développer les infrastructures, routes notamment, qui semblent faire cruellement défaut

Il est vraisemblable que la mauvaise situation économique alimentait en partie le mécontentement des paysans chrétiens.

Aiguiser ou non par la mauvaise gestion des turcs, le désir d'indépendance des Crétois, n'avait pas faibli. La grande insurrection se préparait...


voir article suivant

Bibliographie : Voir l'article - la fin de l'occupation turque.

[1] R. Pashley, voyageur anglais.

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23 août 2008 6 23 /08 /août /2008 14:58

La grande insurrection de 1866-1869 – (η μεγάλη επανάσταση)


Combattant crétois : Michalis Korakas 1797-1882 -Musée ethnographique d'Héraklion

Début 1866, à la fin de l’hiver, une première réunion d’insurgés se tient dans la chapelle de saint Pandéleimon (O Άγίος Παντελειμόνας) sur le plateau d’Omalos, dans les Montagnes Blanches à l’ouest de l’île. Mi-avril les chefs de toute l’île sont convoqués à une réunion qui se tiendra le 14 mai à Boutsounaria à proximité de La Chanée. Le principal animateur de l’insurrection est un pope du nom de Parthénios Péridis qui sera désigné comme président de l’Assemblée Générale de Crète.             L’assemblée rédige un mémoire de revendications à l’attention du Sultan Abdul-Aziz ainsi qu’à l’attention des gouvernements français, anglais et russe.

Le vali (ou wali) est Ismaël Pacha, c’est un renégat converti à l’islam, il incite les populations musulmanes à se réfugier une nouvelles fois dans les villes fortifiées (La Chanée, Rethimnon, Mégalo Kastro c'est-à-dire Héraklion) ainsi qu’à Kasteli de Kissamos et dans la vallée de Kandanos (ouest); Il fait pourchasser le comité de 15 membres, chargé d’attendre la réponse du Sultan.

Les musulmans des campagnes qui ont suivi ses consignes menacent les chrétiens restés dans les grandes villes.

Le Sultan Abdul-Aziz répond par la force aux revendications des Crétois orthodoxes, des troupes venues d’Egypte débarquent une nouvelle fois dans l’île, dans le port de Souda à proximité de La Chanée.

Les forces en présence.

Le commandement militaire de l’insurrection est réparti entre trois chefs qui portent tous le titre de capitaine général. A l’ouest (La Chanée), le chef est un militaire de carrière grec, le commandant Yannis Lambrakakis, frère du ministre de la guerre de la Grèce indépendante.  Au centre (Rethimnon), c’est également un militaire de carrière grec, né à Constantinople d’un père de Cythère, le colonel Panos Koronaios qui assure le commandement. A l’est enfin (Héraklion et Lassithi), c’est un crétois, le Kapétan Michailis Korakas. Les deux premiers ne connaissent pas l’île et ignorent tout de la guerre de guérilla. Sous ces chefs servent des « kapétans » qui commandent des hommes de leurs villages. Les « kapétans » n’ont aucune formation militaire, mais ils connaissent bien le pays et leurs hommes.

Des volontaires grecs et philhellènes servent sous ces chefs. Ainsi Zambrakakis qui a débarqué le 1er octobre 1866 à Loutro, sud de l’île, était accompagné de 250 volontaires Jules Ballot, un français débarque en novembre du « Panhellénion », avec 400 volontaires dont un contingent de garibaldiens. Ce groupe est sous les ordres d’un militaire de carrière grec, le colonel Bysantios.

Le gouvernement grec subit les pressions des puissances occidentales et de la Russie et ne peut intervenir directement. Cependant Othon 1er, portant détrôné, offre 100.000 francs-or pour aider les insurgés. Partout en Grèce libérée et dans la diaspora s’organisent des quêtes pour acheter des armes et des vivres. Les Grecs du continent arment un navire à vapeur «pirate» l’Hydra, commandé par un Grec de Psara, Andréas Katzias, plus tard d’autres bateaux seront également fournis par les Grecs de Grèce.

Les Crétois et les volontaires forment de petites bandes. D’après J. Ballot, Zimbrakakis, Koronaios et Bysantios n’auraient, à certains moments, pas plus de 800 hommes à eux trois dont beaucoup de non-crétois.

La plus grosse opération montée par les insurgés n’aurait pas rassemblé plus de 4.600 combattants chrétiens (J. Ballot). Selon d’autres sources (Th. Detoraki) l’ensemble des insurgés n’aurait jamais dépassé 25.000 hommes.

Du coté des ottomans, les troupes régulières  auraient eu un effectif de 45.000 hommes, Egyptiens et Turcs. Ces troupes sont épaulées par des irréguliers recrutés parmi les Turco-crétois. Ceux-ci sont répartis en bandes de 200 à 300 hommes et servent d’éclaireurs et de troupes légères aux forces régulières. L’effectif des Turco-crétois aurait été de 10.000 hommes..

Compte tenu de la population de l’île, ces chiffres paraissent forts et méritent certainement d’être pris avec précaution. Ils supposeraient en effet que, tant du côté musulman que chrétien, 25% des hommes aient pris les armes, ce qui semble peu vraisemblable si l’on tient compte des enfants et des vieillards et d’une certaine quantité d’individus ayant continué à travailler.

Le retour de Mustapha Pacha.

Le Sultan fait de nouveau appel à Mustapha Pacha ( τον Γκιριτλή ) qui débarque à La Chanée le 30 août 1866. Il remet en œuvre la politique qu’il avait suivie pendant ses premiers mandats, mélange de ruse, de bienveillance et de brutalité. Il corrompt quelques notables. Il rallie à lui deux ecclésiastiques[1] non-Crétois, le métropolite Denys et l’évêque de Lambis-Sphakion, surnommé « petit-turc » par les insurgés. Celui-ci excommunie les habitants d’Anoghia, au pied du Psiloritis, au centre de l’île. Les insurgés le condamnent à mort. Mustapha Pacha réussit aussi à retourner un notable sphakiote, un certain Tsiridakis qui entraîne à sa suite une partie des sphakiotes qui refusent d’aider les insurgés. Mustapha Pacha recrute des musulmans, turco-crétois, albanais comme auxiliaires…..

 Les opérations militaires de la première année:

Le 17 août 1866, Mustapha Pacha délivre, avec une armée de 15.000 hommes, les musulmans de Kandanos, les femmes et les enfants sont évacués par le port de Paléochora au sud-ouest..

Le 26 août 1866, les insurgés attaquent 5.000 égyptiens à Vrissès. Certains soldats égyptiens coptes se rendent.

Les Crétois se livrent à quelques atrocités coupant les oreilles et les moustaches des Turcs tués. Les Turcs des villes ravagent les campagnes environnantes, violent des femmes…

En septembre 1886, 400 femmes et enfants enfermés dans une grotte à Pano Assitès, sont massacrés par les Turcs. Les chrétiens se vengent sur le village d’Elia.

A partir du 9 octobre 1866, avec 12.000 hommes,  les Ottomans attaquent Vaphé défendue par 580 crétois et volontaires. Zimbrakakis est battu avec de lourdes pertes.

Le 8 novembre 1866, les forces de Mustapha Pacha mettent le siège devant le monastère-forteresse d’Arkadi au sud de Rethimnon. Dans le monastère se sont réfugiés environ 300 combattants et 600 femmes et enfants. Des renforts turcs de Mégalo Kastro (Héraklion), aux ordres de Résit Pacha, sont envoyés pour occuper Milopotamos et empêcher Koronaios et ses combattants de venir en aide aux assiégés. Les Turcs proposent aux insurgés de se rendre en leur promettant la vie sauve  mais ceux-ci refusent de se soumettre


                                                     Vue d'ensemble du monastère d'Arkadi

Après trois jours de siège et une résistance héroïque à laquelle participa activement la « Daskalakaina », la porte du monastère céda sous les coups des canons turcs.  Les combattants n’avaient alors plus de balles et combattaient à l’arme blanche à l’intérieur du monastère. Sur les ordres du supérieur, l’Higoumène Gabriel Marinaki, les Crétois firent sauter les barils de poudre entreposés dans la poudrière, préférant mourir plutôt que de se rendre. Il n’y aura qu’une trentaine de survivants parmi eux, environ 1.500 soldats turcs et égyptiens auraient également péri dans l’attaque.

 
                                                                  La poudrière

La résistance d’Arkadi provoqua un vaste mouvement de sympathie en Europe du nord et en Amérique, à l’égard de la cause crétoise. Elle inspira à Victor Hugo des lignes éloquentes « où l’agonie se fait triomphe …… ».

 

                   Ossuaire des victimes d'Arkadi


Les insurgés tentérent une opération d’envergure avec 4.600 hommes dont 1.100 volontaires sur la place de Kissamos à l’ouest de La Chanée. J. Ballot qualifie cette opération de « folle tentative ». Mal préparée, sans artillerie, cette opération fut un échec.

 Défaites de Vaphé, de Zurva, catastrophe d’Arkadi, échec devant Kissamos, fin 1866, les insurgés ne sont pas en bonne posture. J. Ballot attribue ces échecs à l’incompétence d’un commandement divisé entre plusieurs chefs ignorant les techniques de la guerre de partisans. Ce commandement est incapable de prendre des décisions cohérentes. La mésentente règne aussi entre les troupes, entre les Crétois et les volontaires, entre les volontaires entre eux notamment entre volontaires grecs et garibaldiens accusés de pillage. Les membres du comité qui disposent de vivres envoyés par les Grecs du continent refusent de les partager avec les volontaires[2]. La politique habile de Mustapha Pacha porte aussi ses fruits puisqu’il réussit à arrêter la rébellion des sphakiotes dont il obtient la reddition et à stopper les tendances insurrectionnelles du centre et de l’est.

Fin 1866, les insurgés sont encerclés dans une zone comprise entre Omalos, Aghia Rouméli et Soughia dans les montagnes blanches. Ils se livrent à des opérations militaires inutiles et sans envergure.

 Les chefs entretiennent l’espoir en faisant miroiter une intervention des puissances occidentales et de la Russie. 

 L’action d’Omer Pacha :

Omer Pacha arrive en Crète en mars 1867, avec 25.000 hommes, Egyptiens et Turcs. En cinq mois il obtient une victoire militaire totale. Cependant les puissances occidentales et la Russie font pression sur l’empire ottoman et leurs navires viennent en aide aux insurgés.

 L’action d’Ali Pacha et la loi organique de 1868 (Ο Οργανικός Νόμος)

Pour le Sultan et son gouvernement il n’était pas question d’abandonner la Crète. En effet, la perte de celle-ci pouvait entraîner des pertes beaucoup plus importantes dans les Balkans. C’est dans ces conditions qu’Ali Pacha, grand vizir d’Abdul-Aziz fut envoyé en Crète, il arriva sur l’île le 5 septembre 1867. D’une intelligence exceptionnelle, il mit au point un plan de pacification militaire et politique de l’île. Au plan militaire il fit établir (ou restaurer ?) un réseau de forteresses qui serviront de points d’appui à la présence militaire turque jusqu’en 1897/98. Au plan politique le grand vizir Ali Pacha propose un nouveau projet administratif, « la loi organique » qui comporte un certain nombre de privilèges, notamment une représentation limitée de l’élément crétois dans l’administration de l’île et la pleine équivalence des deux langues, grecque et turque.

 1869 - La fin de l’insurrection :

 La révolte s’achève en 1869. Les Sphakiotes se sont, une nouvelle fois, ralliés aux Turcs et attaquent les derniers insurgés. Les troupes turques sont alors commandées par un Turco-crétois, Yanni Savo. Les derniers combattants sont exilés ou enfermés dans les bagnes de Kastro en Crète ou de Constantinople.

Le soulèvement aurait coûté 150 millions or (d’après Pandélis Prévélakis) au Sultan. Il aurait aussi coûté la vie de 15.000 soldats ottomans et aurait fait un total de 60.000 victimes des deux côtés.

La conférence de Paris se déroule sans représentants grecs. Elle invite le gouvernement hellénique à s’abstenir de toute action militaire dans l’île. La Crète reste au Sultan, mais est déclarée province privilégiée, gouvernée selon les statuts spéciaux accordés par la « loi organique ».

L’absence de la Grèce témoigne de la faiblesse du nouvel état, totalement dépendant de ses «protecteurs», elle montre aussi l’amoindrissement de l’empire qui accepte cette ingérence manifeste des puissances européennes dans ses affaires internes.


Bibliographie : voir à l'article" la fin de l'occupation turque"
                         sur Arkadi - de nombreuses petites brochures sont vendues au monastère dont je vous conseille vivement la visite - celle de Theocharis Provotakis contient de nombreuses photos et portraits des résistants crétois.


[1] Il semble que les faits de « collaboration » entre le clergé orthodoxe et le pouvoir soient assez limités. Beaucoup d’ecclésiastiques auraient été des initiés de la Société des Amis (Η Φιλική Εταιρεία). Ils n’hésitèrent pas à combattre les armes à la main contre l’occupant.

[2] beaucoup de volontaires déçus quitteront la Crète avant la fin des combats, ainsi J. Ballot rentre en France en juin1867

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Published by Richard - dans histoire
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23 août 2008 6 23 /08 /août /2008 14:35

Cette série d'articles a été écrite pour ceux qui en ont un peu assez des minoens, personnages sympathiques certes mais bien éloignés de nos crétois actuels. Or bien que ce soit l'histoire récente qui influence le plus la mentalité du peuple crétois, comme de tous les peuples, vous ne trouverez que peu (ou pas) d'ouvrages en français sur le sujet dans les bacs des libraires locaux.

Apostolos Katéchakis - mort en 1904 - portrait du musée ethnographique d'Héraklion

 

Les dernières années de la domination turque :

 

L’insurrection de 1878 :

 

La nouvelle guerre russo-turc qui éclate au printemps 1877 est une bonne occasion pour les Crétois de lancer une nouvelle insurrection. Celle-ci éclate pendant l’été 1878 alors que se tient le congrès de Berlin. Ce mouvement fut rapidement maîtrisé grâce à l’intervention du royaume britannique. Le congrès exige cependant l’application rigoureuse de la loi organique  Par un nouvel accord, connu sous le nom de pacte d’Haleppa, la Crète devient un état semi-indépendant de l’empire ottoman, avec à sa tête un gouverneur qui devait être chrétien. Ceux-ci comme Photiadés Pacha et Adossidés Pacha furent choisis parmi les phanariotes.

 

La Crète sous le pacte d’Haleppa :

 

Le pacte d’Haleppa autorise la création d’une gendarmerie et d’un parlement crétois. La langue grecque devient la langue officielle des tribunaux et de l’Assemblée.

Les désaccords entre Crétois refirent surface et l’Assemblée furent le théâtre d’affrontements entre libéraux et conservateurs.

Ces luttes internes conduisent au déclenchement d’une nouvelle révolte en 1889. Les puissances occidentales lassées des querelles entre factions crétoises, laissèrent le Sultan envoyer des troupes dans l’île.

 

Les années sombres – 1889-1895 :

 

Le Sultan Abdul-Hamid II (1876-1909), réactionnaire et despotique, en profita pour annuler le pacte d’Haleppa et instaurer la loi martiale. Cette décision provoqua un courant de sympathie international envers les chrétiens crétois afin que cesse l’occupation ottomane. Les années 1890/95  sont parmi les plus sombres de la « turcocratie » en Crète. En 1895, cependant, la Sublime Porte doit remplacer le « terrible » Mahmout, par un chrétien, A. Karathéodori, comme administrateur général de la Crète. Les fonctionnaires refusent de lui obéir et la garnison massacre des chrétiens.

Une nouvelle insurrection fut déclenchée et prit rapidement de l’ampleur. Elle vit l’entrée en scène d’Elefthérios Vénizelos, avocat à La Chanée, qui deviendra à plusieurs reprises Premier Ministre de la Grèce et qui est certainement l’homme politique le plus remarquable de la Grèce contemporaine.

 

Le « mandat international »

 

En 1896, l’insurrection contrôlait la majeure partie de l’île, les musulmans s’étant, comme d’habitude, réfugiés dans les villes fortifiées. Les chrétiens assiégeaient Vamos, défendue par une garnison de 1.600 Turcs. Craignant que le massacre de la garnison par les insurgés n’entraînent des représailles sur les chrétiens, grecs et étrangers, restés dans les grandes villes, les consuls des grandes puissances intervinrent auprès des chefs des insurgés pour qu’ils laissent sortir sains et saufs les Turcs de Vamos.

La Grèce appuyait la révolte en envoyant des hommes, des munitions et finalement des troupes régulières ainsi que des bâtiments de guerre. Les grandes puissances, c'est-à-dire : l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, La France, L’Italie, le Royaume-Uni et la Russie décidèrent alors d’envoyer une escadre. Les amiraux et commandants supérieurs de l’escadre firent des remontrances au chef des forces grecques et l’invitèrent « à cesser immédiatement tout acte hostile et à se conformer au droit international ». Malgré cette mise en garde, un navire turc transportant des troupes de Candie (Héraklion) à Sitia, dans l’est de l’île, fut attaqué par un cuirassé grec et fut contraint de regagner le port. Une sévère mise en garde fut adressée au gouvernement grec. Les grandes puissances notifièrent à la Sublime Porte, le 20 mars 1897, qu’elles avaient décrété le blocus de la Crète pour les navires sous pavillon grec, les navires battant d’autres pavillons pouvaient être visités par les bâtiments de la force internationale. Il était prévu que tout navire de guerre grec rencontré dans le bassin oriental de la Méditerranée serait traité en ennemi et que tout acte d’hostilité commis par un navire grec contre un vaisseau de l’escadre serait considéré comme une déclaration de guerre aux puissances.

L’empire ottoman et la Grèce étaient par ailleurs mis en garde contre le déclenchement d’un conflit de frontière entre les deux pays.

Parallèlement à ces actions diplomatiques, dès le 17 février 1897, 450 marins anglais, autrichiens, français, italiens et russes débarquaient à La Chanée. Les drapeaux des puissances furent hissés sur la forteresse à côté du drapeau turc. L’occupation internationale des points nécessaires au maintien de l’ordre était décidée. Il put ainsi être annoncé que la Crète avait été remise par le Sultan « en dépôt entre les mains de l’Europe », il appartenait aux grandes puissances de « conserver ce dépôt et d’assurer la marche des services publics jusqu’à ce que l’île puisse être remise à ses représentants légitimes »

Ainsi se mettait en place, pour la première fois dans l’histoire, l’administration internationale d’un territoire. Le 4 septembre 1897, les amiraux, commandant en chef, des forces internationales publièrent une  ordonnance pour la constitution d’une commission militaire internationale de police se fondant sur l’accord intervenu entre les puissances européennes et le Sultan.

Les principales villes de la côte furent occupées par des contingents appartenant aux puissances européennes[1]. Ces troupes eurent pour mission de rétablir l’ordre. Le Sultan tenta de protester contre l’établissement de la commission militaire internationale mais ses protestations furent rejetées. Les grandes puissances avisèrent le gouvernement impérial turc de leur décision d’établir en Crète un régime autonome et d’en régler elles-mêmes l’organisation. Il était prévu un retrait progressif des troupes turques. Cependant face aux difficultés rencontrées, notamment les évènements du 25 août 1898, à Candie (Héraklion), où la population musulmane se déchaina contre les chrétiens, tuant 17 soldats anglais et plusieurs centaines de civils crétois orthodoxes, les quatre puissances auxquelles incombaient le maintien de l’ordre (France, Italie, Royaume-Uni, Russie) exigèrent le retrait des troupes turques sous un mois. Elles s’engageaient en contrepartie à assurer la sauvegarde des populations musulmanes et à garantir les droits souverains du Sultan

 

L’autonomie

 

Ainsi a été établie l’autonomie crétoise sous suzeraineté ottomane. Un gouvernement national fut constitué sous l’autorité d’un haut commissaire, le Prince Georges de Crète, fils du roi Georges 1er de Grèce.

La population musulmane perdit énormément lors de ce changement. Il y eut en quelque sorte une purification ethnique dans l’est de l’île. La population musulmane passa de 25% à 12,5% du total (33.496 musulmans sur 270.047 habitants lors du recensement de 1900). Les derniers musulmans quittèrent l’île, dans le cadre des échanges de populations, après le traité de Lausanne en 1923

 

En décembre 1898, le Prince arrive à la Chanée, il n’y a plus un seul soldat turc en Crète. Il faudra cependant attendre 1913 pour que soit reconnue internationalement l’union avec la Grèce pour laquelle les Crétois chrétiens avaient combattu pendant près d’un siècle.

 

Bibliographie sommaire

 

Histoire de la Crète –(en grec) – Theochari Detoraki – Héraklion- 1990

Histoire de l’insurrection crétoise – Jules Ballot -  Ed. L. Dentu – Paris 1868

Crète infortunée – Chronique du soulèvement crétois – Pandélis Prévélakis – traduit par Pierre Coavoux – Les belles lettres – 1976

Articles de Wikipédia ;

Article « la Crète sous le joug ottoman » Clio.fr

Journal of the international law department of the University of Miskolc – Un premier exemple d’administration internationale d’un territoire – par Alexandre Charles Kiss.

et bien entendu le très considérable ouvrage de Joêlle Dalègre – Grecs et Ottomans de 1453 à 1923 – à l’Harmattan.

 

 

Photos : Richard LAMBERT



[1] Les troupes françaises occupaient Sitia, on trouve encore aujourd’hui, dans la vieille ville, un bâtiment ayant servi aux autorités militaires françaises

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